Compte-rendu de la sortie du 18 mai 2023 autour de l’antenne de Cenves.

Présence d’Isabelle, Jean-Claude, Marie et Gérard, Mireille Maringues, Pierre-Yves et moi-même sur cette sortie d’après-midi agréable. Compte rendu par Claudette et Pierre Yves.

Départ à l’embranchement pour «  les Réserves » sur la D 627 entre la Grange du bois et la ferme des p’tis bilounes.

Au carrefour, est présente une belle population de Doronic pardalianches dit Doronic mort-aux- panthères ou Doronic à feuilles cordées.

Ce nom étrange de mort-aux-panthères viendrait du fait qu’autrefois on pensait qu’il était très toxique et que les Romains l’utilisaient pour empoisonner les bêtes féroces des jeux du cirque. Cette plante montagnarde est rare dans notre région et il est assez facile de la distinguer du Doronic d’Autriche, autre Astéracée aux feuilles plus nombreuses et plus rapprochées sur la tige. Le Doronic d’Autriche a été choisi comme fleur porte-drapeau du Parc régional du Morvan.
Cette population de Doronic pardalianches occupe cet endroit depuis plusieurs années.


N.B. : Chez D. austriacum, les feuilles basales disparaissent à la floraison.
Chez D. pardalianches, le bord des feuilles est généralement denté et sinueux.

La photo de gauche montre l’espacement entre les feuilles caulinaires et leur hétérophyllie
celle de droite la pilosité de la tige, des feuilles et des sépales.

Doronicum austriacum lui ressemble, mais ses feuilles basales disparaissent à la floraison et ses feuilles caulinaires sont plus nombreuses et nettement en violon. Comparaispon par FloreAlpes.

Rhizome par lequel la plante envahit un milieu favorable. (Replanté après)

Nous avons particulièrement apprécié sur cette sortie, les arbres et arbustes.
N.B. : Sous le genre Sorbus (famille des rosacées), sont regroupés les sorbiers (à feuilles composées) et les alisiers (à feuilles simples). Leurs fruits globuleux, rouge corail, orange ou brun, sont très appréciés des oiseaux. Leur bois, au grain serré, est utilisé en ébénisterie.

Nous allons évoquer 2 sorbiers et 2 alisiers que l’on rencontre dans notre région :
N.B. : Sorbus vient du latin sorbeo = je bois, car leurs fruits, très astringents, donnent soif. 
Les sorbus sont si proches que deux arbres peuvent se croiser pour donner une nouvelle espèce.

Sorbus aucuparia ou Sorbier des oiseleurs, une Rosacée assez courante dans les terrains acides mais qui a besoin d’altitude.
N.B. :  Son nom français est dû à ses baies d’un rouge vif à orangé qui étaient autrefois utilisées par les oiseleurs pour capturer les oiseaux, d’autant que les fruits persistent longtemps sur l’arbre en hiver.
C’est le plus répandu des sorbiers, de nombreuses variétés ornementales ont été développées.

Fruits du sorbier des oiseleurs (photo Wikimedia)

N.B. : Jeune, il est parfois confondu avec le Cormier (Sorbus domestica) beaucoup plus rare mais présent à Solutré et à Vergisson (voir article observations diverses).

Passons aux 2 alisiers :

Sorbus aria, l’alisier blanc ou alisier de Bourgogne est très présent le long du chemin et nous avons pu admirer sa magnifique floraison blanche en grosses corymbes et ses feuilles aux nervures saillantes et très blanches à la face inférieure.

Nombre de ses feuilles étaient envahies par un parasite qui pourrait être un acarien (Eryophyes arianus).
Tout comme le cormier est beaucoup plus rare que le Sorbier des oiseleurs, Sorbus torminalis est un alisier beaucoup plus rare que Sorbus aria. Il en existe cependant non loin du parking où nous nous étions donné rendez-vous et nous en avions vu un magnifique lors de la sortie au site de la Boucherette à la Collongette.

N.B. : Les rosacées ont comme point commun des feuilles dentées, des fleurs de symétrie 5, ayant de nombreuses étamines et un pistil composé de 5 carpelles. Certain genres ont également des défenses physiques : les poils de leur épiderme se transforment en aiguillons (ronces, roses) ou épines (pruniers). Ce phénomène a été développé par ces plantes pour limiter le broutage par les herbivores.

N.B. : Pour Isabelle : Le semis étant long et délicat (et la croissance trop lente), on préfère reproduire les alisiers par greffage sur d’autre Rosacées (aubépine, cognassier, néflier).

Passons aux autres plantes :

Sambucus ebulus, le sureau hièble non fleuri, au bord du chemin et mesurant 50 cm (bientôt 1 à 2 m), à odeur fétide qui rappelle l’amande amère. Les petites fleurs blanches aux étamines roses, disposées en corymbe dressé, ne sont pas encore présentes, elles apparaissent de juin à août.
Les baies noires luisantes sphériques de 3–4 mm, peuvent être toxiques. Adoxacée, ex Caprifoliacée.
Pour ne pas le confondre avec le sureau noir : c’est une herbacée qui disparaît en hiver, les grappes de fruits sont dressées et non pendantes et la floraison est en juillet/août et non en mai-juin.
Sambucus nigra, le sureau noir, une Adoxacée est aussi bien représentée avec ses corymbes blancs larges et plats d’un blanc moins franc que ceux de Sorbus aria.

A gauche, Sambucus ebulus, encore loin de sa floraison à cette époque, arrachée pour mettre en évidence sa partie souterraine.
Au centre et à droite, Sambucus nigra en début de floraison à cette époque.

Sambucus racemosa, le sureau à grappes à lui des inflorescences ovoïdes longues d’un blanc un peu jaune. Il va donner de belles grappes de fruits rouges moins faciles d’accès dans le temps pour les oiseaux car ils tombent vite à maturité.

La moelle de ce sureau est brune contrairement au sureau noir dont la moelle est blanche. A noter que les sureaux sont dits « myrmécophiles » qui signifie en grec qui aime les fourmis.
En effet les fourmis sont très friandes du nectar produit à la base des pétioles et en échange elles protègent l’arbuste des autres insectes, c’est une relation de mutualisme symbiotique.

N.B. : Une véritable symbiose est une association à bénéfices réciproques dans laquelle les deux symbiotes ont un lien anatomique.

-Chaerophyllum temulum, le Cerfeuil enivrant, penché ou des fous !

– un magnifique Crataegus germanica, ex Mespilus germanica ou néflier en pleine floraison, une Rosacée devenue rare, qui préfère les sols acides.

– beaucoup de Salix caprea ou saule marsault, une Salicacée dont la floraison est terminée. Reconnaissable entre autres à ses feuilles à nervures très saillantes sur la face inférieure et à une sorte de pointe tordue terminant la feuille, utile pour la reconnaissance quand il est présent mais inconstant.
Ces arbustes émettent actuellement des fruits très cotonneux contenant de très petites graines qui seront dispersées par le vent (anémochores).

Carpinus betulus, le charme est une bétulacée très présente qui nous offre ses fruits en formation sous forme de grappes vertes pendantes. Les fruits « akènes » sont enserrés dans une bractée foliacée (qui ressemble à une feuille) à trois lobes.
N.B. : arbre monoïque à feuilles nettement dentées (double denture), mesurant jusqu’à 20 m de haut. On le distingue facilement par son tronc cannelé, comme formé de muscles, longs et légèrement sinueux.
Ses cannelures sont ténues chez les jeunes arbres mais deviennent très marquées chez les vieux sujets. Chatons mâles pendants, longs de 4-6 cm (apparaissent à l’automne), chatons femelles longs de 1,5 cm à la floraison, puis atteignant 15 cm, ils seront disséminés par le vent (samares).

A gauche un chaton femelle sur une feuille dont observe bien l’indentation caractéristique de la bordure,
« Le charme d’Adam, c’est d’être à poil » est un moyen mnémotechnique qui permet de distinguer les feuilles du Charme (à dents) de celles du hêtre (à poils).
A doite, observez que les jeunes feuilles se chargent de pigments rouges (anthocyanes) leur offrant une protection contre les U.V. Avec l’âge les feuilles n’en ont plus besoin et deviennent progressivement vert franc.

– un Populus tremula ou tremble est une Salicacée dont les feuilles crènelées vert mat dessus mais glauques dessous (vert gris, un peu bleu) sont agitées par le vent en raison de leur pétiole aplati qui donne prise au vent. C’est une espèce qui aime les sols sableux ou argileux et qui aime la lumière.

Fagus sylvatica, le hêtre est une Fagacée reconnaissable à ses feuilles à bord entier, non denté et surtout ourlé de longs cils quand elles sont jeunes.

– un Betula  pendula ou bouleau pleureur a été aperçu. Cette Bétulacée est une espèce pionnière des terres acides pauvres comme les landes à callune.

– beaucoup de genêts aussi sur ce versant sud-est comme Genista pilosa, le genêt poilu plus fréquent que Genista tinctoria. A ne pas confondre avec Cytisus scoparius, le genêt à balais, une Fabacée arbustive, très fréquente sur les sols à tendance acide.

Sur l’autre versant nous trouvons de belles populations d’Ilex aquifolium, le houx, une Aquifoliacée en peine floraison actuellement. Cet arbuste est dit polygame c’est à dire qu’il porte des fleurs hermaphrodites et des fleurs unisexuées. Le houx est bien connu pour ses fruits rouges et ses feuilles très coriaces et épineuses. Ses fleurs sont plus discrètes. Seuls les pieds femelles portent ces petites drupes charnues à 4 noyaux demeurant sur l’arbre jusqu’au début du printemps et qui régalent merles et grives …
N.B. : Son nom Ilex lui a été donne par le botaninste français Joseph Pitton de Tournefort pour la similitude de ses feuilles avec celles du Chêne vert ou Yeuse (Quercus ilex ).

A gauche, fleurs femelles (on voit un pistil entouré d’étamines avortées) et à droite, fleur mâle au pistil atrophié et stérile. Wikipédia.
L’hétérophyllie du houx avec des feuilles qui proviennent du même individu par Wikipédia.

– présence aussi de Lonicera etrusca ou chèvrefeuille d’Italie qui va offrir plus tard de belles fleurs blanches et rose soutenu.

– quelques Rubus idaeus, notre framboisier sauvage, une Rosacée.

Nous détaillerons moins les plantes herbacées qui sont le plus souvent connues et courantes :

– plusieurs Geraniums, le pyrenaicum, le rotondifolium et le robertianum sont présents.

Fleur de Géranium pyrenaicum.

Ranunculus acris ou bouton d’or est différent de Ranunculus bulbosus en raison de ses sépales qui restent appliqués et qui ne se retournent pas.

– les Vicia sont représentées par Vicia sepium, courante, aux fleurs mauve sale et Vicia angustifolia subsp segetalis ou vesce des moissons vue dans la zone plus ouverte au pied de l’antenne.

Vicia angustifolia

Vicia hirsuta aux très petites fleurs blanches et aux feuilles à nombreux folioles (10 à 20) est fréquente sur les pelouses sèches. Ce sont toutes des Fabacées.

– les Lamiums sont représentés par Lamium galeobdolon, le lamier jaune courant à cette époque.

Alliara petiolata, l’alliaire est une Brassicacée qui fructifie à cette époque en siliques longues et bosselées dressées vers le haut.

– les Galiums sont représentés par Galium aparine, le gaillet gratteron, et en zone ombragée de sous-bois Galium odoratum ou aspérule odorante reconnaissable à ses verticilles à 8 folioles.

Proche, cette autre Rubiacée, Cruciata laevipes ou gaillet Croisette aux minuscules fleurs jaunes à chaque verticille de feuilles.

– les silènes sont représentés par Silene vulgaris, le Silene enflé au calice renflé en ballon blanchâtre marqué de nervures réticulées mauves que les enfants utilisent comme petits pétards et Silene dioica, le compagnon rouge qui préfère les sols acides. Ce sont deux Caryophyllacées.

La fleur mâle du compagnon rouge. Dans les fleurs femelles, les étamines sont remplacées par des pistils.

Stellaria holostea, une autre Caryophyllacée est aussi bien présente. Cette plante courante est très ubiquitaire.

Phyteuma spicatum, la raiponce est en début de floraison. Cette campanulacée toujours blanchâtre dans notre région peut être violette en montagne.

Teucrium scorodonia, la germandrée scorodoine, la Lamiacée qui est très présente sur ces terrains qui est mellifère, fleurit très longtemps mais n’est pas encore fleurie.

Turritis glabra, l’arabette glabre (Brassicacée) avec sa haute tige couverte de ses feuilles engainantes vert mauve et son toupet de petites fleurs blanchâtres :

Hieracium pilosella, la piloselle, ou « Oreille de souris » (piloselle se rapporte aux nombreux poils dont la plante est couverte). Astéracée bien facile à identifier, vue dans la zone sableuse, ouverte, aride et pauvre, près de l’antenne :

 Pgoto de gauche : Observez autour de son pied des rejets allongés qui portent des feuilles oblongues, entières, grisâtres dessous, hérissées de longs poils, qui, appliquées sur le sol, finissent par s’enraciner pour donner de nouvelles rosettes de feuilles.

N.B. : Cette espèce résiste à la concurrence malgré sa petite taille car elle libère dans le sol des toxines contre les autres plantes. Cet aspect, combiné à ses nombreux rejets ( photo de gauche), lui permet de coloniser rapidement une surface en la recouvrant entièrement. La pharmacologie moderne lui reconnaît de nombreuses propriétés.

Rumex acetosella, cette Polygonacée reconnaissable à sa petite taille, à ses feuilles hastées (en forme de hallebarde) rouges comme ses toutes petites fleurs couvre une grande surface dans ce même milieu.

Dans cette zone on observe aussi Viola arvensis, la violette des champs, aux fleurs jaune clair et mauve, plante de talus, de friches et de bords de champs de céréales.

Plus loin, sous le couvert forestier, Viola reichenbachiana ou riviniana retiendra notre attention :
Ces deux violettes forestières sont pas toujours faciles à différencier :

Viola reichenbachiana : Violette des bois, éperon violacé, non-sillonné. Maintenant à vos loupes :
Sommet du style toujours hérissé de poils. Feuilles + longues que larges.
Ses stipules sont étroites et lancéolées, très frangées, les franges inférieures étant en général plus longues que la largeur de la stipule.
Viola riviniana : Violette de Rivinius, éperon blanchâtre, nettement sillonné au sommet.
Maintenant à vos loupes : Ses stipules sont étroites, lancéolées et frangées, les franges inférieures étant en général moins longues que la largeur de la stipule et souvent unilatérales.
Sommet du style à poils rares. Feuilles aussi longues que larges.

Photos Paul Montagne (le monde de LUPA)

Comparaison par Paul Montagne (le monde de LUPA) :
V. reichenbachiana : tiges naissant à l’aisselle des feuilles basales, feuilles ovales cordées, crénelées, stipules lancéolées finement frangées, fleurs inodores, bleu violacé, éperon droit violacé plus foncé que la corolle, pétales étroits ne se recouvrant pas.

V. riviniana : tiges naissant à l’aisselle des feuilles basales, feuilles arrondies réniformes, stipules lancéolées à franges larges, fleurs inodores blanc bleuâtre,éperon droit échancré (évoquant 2 doigts collés au sommet), plus clair que la corolle, pétales étalés se recouvrant partiellement.

Comparaison des stipules par FloreAlpes :

Stipules chez reichenbachaina et chez riviniana

– Sous couvert des arbres, on voit Polygonatum multiflorum, le sceau-de-salomon multiflore qui se distingue du Polygonatum odoratum (vu dans les bois de Plottes) par ses fleurs groupées par 2 à 6, sa tige cylindrique et sa préférence pour les sols acides.

Polygonatum multiflorum, le sceau-de-salomon multiflore.

Asperula odorata ou Galium odoratum, l’Aspérule odorante :

Plus rare un site de Ceratocapnos claviculata, le Corydale à vrilles est une Papaveracée aux petites fleurs blanchâtres, grimpante aux tiges rameuses, enchevêtrées et aux feuilles découpées à plusieurs folioles spatulés. C’est une espèce atlantique qui arrive ici en limite est de son aire de répartition. Lien.

Ceratocapnos_claviculata fleur et vrilles Wiki et INPN (Y.MARTIN) feuilles et tiges.

Ce site déjà exploré en septembre 2019 reste toujours intéressant, tant il est représentatif de la flore des terrains acides.

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